Le Chemin des trois Charrières

20250203 131610 1024x576

Balade artistique contée à Escanaffles

Le Chemin des 3 Charrières est une balade artistique contée, co-écrite avec Catherine Loiseau, accessible à tous, à parcourir seul, entre amis ou en famille.
Le parcours débute au cimetière d’Escanaffles, au début de la rue du Vivier, et traverse le village et ses abords au fil de chemins existants.
Ici, l’art ne se détache pas du quotidien.
Il s’inscrit dans un territoire vivant, traversé, habité.


Prologue

Le Médaillon de la gorgebleue

Un oiseau chantait à la fenêtre de la salle de classe. Un délicat oiseau gris à la gorge d’un bleu royal, l’éclat de ciel tranchait avec le bois sombre de l’encadrement et les briques rouges du mur. Léo n’arrivait pas à le quitter des yeux. La gorgebleue lâcha un trille joyeux et s’ébroua. Le garçon se leva à demi de son pupitre pour mieux la voir.

— Léo, tu écoutes ?
La voix sèche de Madame Émilie le fit sursauter.
— Oui, Madame…, balbutia-t-il.
— Alors, tu peux répéter de quoi nous parlions ?
Rouge de honte, Léo baissa la tête. La maîtresse soupira.
— Tu as onze ans. L’an prochain, c’est le secondaire. Tu dois être plus attentif !
Il le savait bien. Mais les mots s’échappaient toujours, remplacés par ce bourdonnement de nuages noirs dans sa poitrine. Clara, la main levée, vint le sauver :
— On parlait du marais du Vivier, et de ce qu’il y avait autrefois !
— Très bien, approuva Madame Émilie. Au XVIIe siècle, à cet endroit, se dressait un château, résidence d’une noble famille, proche de la cour royale hollandaise.

Un murmure parcourut la classe : princesses, chevaliers, fantastique demeure avec ses grandes salles de pierre. Léo, lui, se demanda qui avait bâti ce château, et pourquoi. Comment était-ce d’y vivre ?
Ce n’était pas qu’il n’aimait pas ses parents ni son village. La maîtresse était gentille, les autres enfants aussi. Mais il ne se sentait jamais vraiment à sa place. C’était comme si quelque chose lui manquait. Dans son cœur, des nuages sombres l’empêchaient de voir le bon côté de la vie.

Il soupira. La leçon continuait : du château, il ne restait plus rien que le marais. Ses camarades chuchotaient, rêvant d’armures ou de robes de bal. Léo, lui, s’imagina intendant ou comte, gouvernant avec bonté, un peu magicien peut-être. Le sourire qu’il eut à ces pensées s’effaça aussitôt. À quoi bon rêver ?

Madame Émilie avait raison : bientôt, le secondaire. Nouvelles matières, nouveaux professeurs, un métier à choisir. Rien que d’y songer, son ventre se serra. La petite école finirait, il faudrait grandir.
Son regard retourna vers la fenêtre. La gorgebleue avait disparu. Dehors, le ciel s’était chargé de lourds nuages noirs.

Scroll to Top