Le Chemin des trois Charrières

Balade artistique contée à Escanaffles
Le Chemin des 3 Charrières est une balade artistique contée, co-écrite avec Catherine Loiseau, accessible à tous, à parcourir seul, entre amis ou en famille.
Le parcours débute au cimetière d’Escanaffles, au début de la rue du Vivier, et traverse le village et ses abords au fil de chemins existants.
Ici, l’art ne se détache pas du quotidien.
Il s’inscrit dans un territoire vivant, traversé, habité.
Pourquoi « les 3 charrières » ?
Le terme charrière désigne un ancien chemin rural, créé par le passage répété des charrues. De nos jours, les charrues ont disparu mais les chemins sont restés. Ils portent la mémoire de ceux qui les ont emprunté avant nous.
Le parcours traverse trois charrières réelles, trois manières d’avancer, trois rythmes du chemin. Sans jamais l’imposer, cette structure fait écho au propos des œuvres : évoluer au sein d’un collectif, s’en extraire parfois, puis tracer sa propre voie.
Le tracé du parcours s’appuie sur la réalité du lieu.
Il traverse trois types de chemins distincts, imposés par le terrain lui-même :
– des routes de campagne bitumées,
– un chantier de dalles en béton
– et 3 chemins de terre, nos 3 charrières.
Le nom Le Chemin des 3 Charrières vient de là.
Il ne désigne pas une intention symbolique construite à l’avance, mais une réalité de marche, une succession de sols, de rythmes et de manières d’avancer.
C’est ensuite – presque naturellement – que cette diversité de passages entre en résonance avec les œuvres et le récit. Une coïncidence heureuse, révélée par la marche.
Ici, le chemin ne cherche pas à signifier.
Il se laisse parcourir.
Un chemin, plusieurs niveaux de lecture
Le parcours est jalonné de six sculptures, installées dans le paysage.
Elles forment une suite d’états, reliés par un conte original intitulé Le Médaillon de la gorgebleue.
La balade peut se vivre de différentes manières :
– Les enfants y découvrent une histoire, des formes, des matières, un univers.
– Les adultes peuvent y percevoir des tensions plus profondes : la différence, le regard des autres, la rencontre, l’apaisement, la construction de soi, la transmission.
– Les familles peuvent le parcourir ensemble, chacun y trouvant sa propre lecture.
Le conte est pensé dans un esprit familial et accessible.
Les intentions des sculptures proposent une lecture plus mature, sans jamais exclure.
Aucun niveau n’annule l’autre.
Comment parcourir le chemin
La balade se découvre dans l’ordre, au rythme de la marche.
À proximité de chaque sculpture, un code QR permet d’accéder à une page dédiée.
Ces pages – volontairement accessibles uniquement sur place – dévoilent :
– un chapitre du conte, lié à la sculpture,
– un texte d’intention, où l’artiste partage ce qu’il a cherché à exprimer à travers la sculpture.
Il n’est pas nécessaire de consulter ces contenus pendant la promenade.
Le chemin peut aussi se vivre sans écran, simplement par la présence des œuvres, du paysage et du temps accordé à la marche.
Une œuvre ouverte
Ce projet est né d’un cheminement personnel, mais il n’appartient pas à une seule lecture.
Au fil des échanges et des regards, l’artiste a lui-même découvert dans ses œuvres des sens qu’il n’avait pas consciemment formulés au départ.
Chaque sculpture, chaque étape du parcours peut être traversée différemment, selon l’âge, l’histoire et la sensibilité de chacun.
Il serait illusoire — et inutile — de vouloir tout expliquer.
Le Chemin des 3 Charrières ne propose pas de réponses.
Il ouvre des espaces.
Prologue
Le Médaillon de la gorgebleue
Un oiseau chantait à la fenêtre de la salle de classe. Un délicat oiseau gris à la gorge d’un bleu royal, l’éclat de ciel tranchait avec le bois sombre de l’encadrement et les briques rouges du mur. Léo n’arrivait pas à le quitter des yeux. La gorgebleue lâcha un trille joyeux et s’ébroua. Le garçon se leva à demi de son pupitre pour mieux la voir.
— Léo, tu écoutes ?
La voix sèche de Madame Émilie le fit sursauter.
— Oui, Madame…, balbutia-t-il.
— Alors, tu peux répéter de quoi nous parlions ?
Rouge de honte, Léo baissa la tête. La maîtresse soupira.
— Tu as onze ans. L’an prochain, c’est le secondaire. Tu dois être plus attentif !
Il le savait bien. Mais les mots s’échappaient toujours, remplacés par ce bourdonnement de nuages noirs dans sa poitrine. Clara, la main levée, vint le sauver :
— On parlait du marais du Vivier, et de ce qu’il y avait autrefois !
— Très bien, approuva Madame Émilie. Au XVIIe siècle, à cet endroit, se dressait un château, résidence d’une noble famille, proche de la cour royale hollandaise.
Un murmure parcourut la classe : princesses, chevaliers, fantastique demeure avec ses grandes salles de pierre. Léo, lui, se demanda qui avait bâti ce château, et pourquoi. Comment était-ce d’y vivre ?
Ce n’était pas qu’il n’aimait pas ses parents ni son village. La maîtresse était gentille, les autres enfants aussi. Mais il ne se sentait jamais vraiment à sa place. C’était comme si quelque chose lui manquait. Dans son cœur, des nuages sombres l’empêchaient de voir le bon côté de la vie.
Il soupira. La leçon continuait : du château, il ne restait plus rien que le marais. Ses camarades chuchotaient, rêvant d’armures ou de robes de bal. Léo, lui, s’imagina intendant ou comte, gouvernant avec bonté, un peu magicien peut-être. Le sourire qu’il eut à ces pensées s’effaça aussitôt. À quoi bon rêver ?
Madame Émilie avait raison : bientôt, le secondaire. Nouvelles matières, nouveaux professeurs, un métier à choisir. Rien que d’y songer, son ventre se serra. La petite école finirait, il faudrait grandir.
Son regard retourna vers la fenêtre. La gorgebleue avait disparu. Dehors, le ciel s’était chargé de lourds nuages noirs.